En visite à l’Institut Algérien du Pétrole (IAP) : Sangafowa-Coulibaly puise aux sources de la souveraineté énergétique algérienne
Au lendemain de la
signature d’un accord de coopération stratégique avec Alger, le ministre
ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a
choisi un déplacement bien plus que symbolique. Direction Boumerdès, à une
heure de la capitale algérienne, pour une immersion à l’Institut Algérien du
Pétrole (IAP). Un détour qui a du sens : ici se joue, depuis six décennies, la
formation du capital humain qui a permis à l’Algérie de bâtir une industrie
énergétique intégrée et souveraine.
Dans cette
troisième séquence de sa visite, le ministre est venu s’imprégner des
fondements du succès d’un établissement dont la réputation en Afrique et bien
au-delà, continue de se forger.
Le pari ivoirien : former avant de produire massivement
La visite
intervient à un moment charnière pour la Côte d’Ivoire. Avec la montée en
puissance attendue de ses ressources, notamment gazières et pétrolières, le
pays s’apprête à changer d’échelle. Mais pour le ministre ivoirien, l’équation
est simple : sans compétences locales, pas de transformation durable.
« C’est une
vision que porte au plus haut niveau le président Alassane Ouattara qui insiste
sur l’impérieuse nécessité de développer une filière extractive intégrée, qui
génère de la richesse localement au-delà la seule activité d’extraction. Et ce pari,
la Côte d’Ivoire doit le gagner », a indiqué Mamadou Sangafowa-Coulibaly.
À Boumerdès, le
message a été tout aussi sans équivoque. « Au terme de cette visite, on
comprend mieux comment ce pays a pu atteindre des résultats aussi
encourageants. Et surtout, comment ils ont pu maintenir ce niveau d’excellence
», s’est montré admiratif Mamadou Sangafowa-Coulibaly. Avant d’insister sur un
point clé : la fierté de voir émerger, sur le continent, des institutions
capables de porter une expertise de rang mondial au point d’impacter la
structure de toute une économie.
Pour Abidjan,
l’enjeu est désormais d’accélérer. Le pays veut éviter le piège classique des
économies extractives : produire sans maîtriser. Et pour cela, il faut
anticiper une demande massive en ingénieurs, techniciens et experts, alors même
que la production nationale est appelée à quadrupler dans les 3 prochaines
années.
L’IAP, une machine à produire de la souveraineté énergétique7
Créé en 1965, deux
ans après Sonatrach, l’IAP n’est pas un simple institut de formation. Il est
l’un des piliers silencieux de la souveraineté énergétique algérienne. Pensé
dès l’origine pour accompagner une stratégie nationale, il a permis de former
en amont les compétences qui prendront le relais lors de la nationalisation des
actifs de 1971.
Aujourd’hui,
l’institution fonctionne comme ce qu’on peut qualifier de véritable “fabrique
industrielle de compétences” qui a porté le développement de la holding
Sonatrach avec ses 149 filiales et plus de 66 000 employés. Avec ses quatre
sites, sa trentaine de laboratoires, ses simulateurs de pointe et ses
programmes calibrés sur les besoins opérationnels, elle couvre toute la chaîne
de valeur du secteur pétro gazier : de l’amont à l’aval, en passant même
par la fabrication d’équipements et la pétrochimie, jusqu’à l’exportation de
produits gaziers finis sur le marché international. Un marché à l’export qui
valait 42 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024, soit environ 24
000 milliards FCFA.
La singularité de
l’institut aussi à son modèle pédagogique : un lien étroit entre académique et
industrie. « 75 % de nos formateurs sont des experts-métiers de Sonatrach, y
compris des retraités. Cela permet de capitaliser sur des décennies
d’expérience », a expliqué son directeur, Dr Mohamed Khodja.
Résultat : une
masse critique de compétences, ingénieurs, techniciens, employés, capables
d’occuper l’ensemble des fonctions du secteur. « Tous les postes dans le groupe
Sonatrach sont aujourd’hui occupés par des Algériens », insiste-t-il, rappelant
la finalité stratégique du dispositif.
Vers un modèle ivoirien inspiré de Sonatrach–IAP
Face à cette
architecture, Abidjan affine sa propre stratégie. Le ministre ivoirien assume
désormais l’ambition : reproduire, à terme, un modèle intégré associant
compagnie nationale et institut de formation.
Notre pays, la
Côte d’Ivoire est déjà en partenariat avec cette école. Et la visite nous fait
renforcer l'idée de continuer cette collaboration et bien sûr, l'élargir. Parce
que notre pays, dont l’industrie pétrolière en est pleine émergence, est venu à
la bonne place pour tirer davantage de l'expérience de ce pays frère d'Algérie.
Dans cette
perspective, l’idée d’une “corporate university”, à l’image de du lien
Sonatrach-IAP, adossée à Petroci pourrait prendre corps.
Une orientation
partagée par les géants publics de l’industrie pétrolière ivoirienne. Les
dirigeants de Petroci et de la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), Fatou
Sanogo et Tiotioho Soro ont fait part dès à présent de leur volonté de
solliciter le savoir-faire de l’IAP pour renforcer leurs dispositifs internes
de renforcement de capacité, à tous les échelons, pour accompagner leur montée
en puissance.
Une
coopération à double sens
Si l’Algérie
apparaît comme un acteur majeur sur le plan de la formation et de l’intégration
industrielle, la relation ne se limite pas à un transfert unilatéral de
savoir-faire.
Des
complémentarités émergent. La Côte d’Ivoire dispose, par exemple, d’une
expérience reconnue dans l’offshore, un segment que l’Algérie cherche à
développer, ses actifs étant dans l’onshore. Autre illustration : le raffinage.
La SIR, seul raffineur africain équipé d’un hydrocraqueur,
suscite l’intérêt de la partie algérienne, qui envisage d’investir dans ce type
d’équipements. Autant de passerelles qui dessinent une coopération plus
équilibrée qu’il n’y paraît.
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