À Séguéla le gouvernement intensifie sa stratégie pour faire de l'orpaillage légal un levier de développement local
Depuis Séguela / Sangafowa-Coulibaly aux populations :
« Vous devez rompre avec les réseaux qui organisent l’exploitation illégale de l’or »
Après les districts des Savanes et des Lacs,
puis les régions de l'Agnéby-Tiassa et de La Mé, le gouvernement ivoirien
poursuit sa campagne nationale de sensibilisation contre l'orpaillage illégal.
Ce 25 juin, le ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou
Sangafowa Coulibaly, a lancé à Séguéla une nouvelle étape de cette tournée,
consacrée aux régions du Worodougou, du Béré et du Bafing, réunies au sein du
district du Woroba.
Le choix de Séguéla n'est pas anodin. Selon le
ministère, la seule région du Worodougou concentre près de 60 % des sites
d'orpaillage clandestin du district. Une activité qui accélère la dégradation
des terres agricoles, pollue les cours d'eau, alimente l'insécurité et prive
l'État comme les populations locales d'une part importante des richesses tirées
de l'exploitation de l'or.
Sans renoncer aux opérations de démantèlement
menées par le Groupement spécial de lutte contre l'orpaillage illégal (GS-LOI)
et la Brigade de répression des infractions au Code minier (BRICM), le
gouvernement complète désormais son dispositif par une vaste campagne de
sensibilisation. L'objectif est de faire des communautés locales les premiers
acteurs de la lutte contre ce phénomène.
Cette évolution s'appuie sur les conclusions du
Groupe de travail sur l'exploitation minière artisanale et à petite échelle
(GT-EMAPE), selon lesquelles les sites clandestins ne peuvent prospérer
durablement sans l'accord, la tolérance, voire la complicité de certains
propriétaires fonciers et communautés villageoises. Pour les autorités, aucun
résultat durable ne pourra être obtenu sans leur adhésion.
« L’Etat est prêt à vous accompagner »
À Séguéla, Mamadou Sangafowa Coulibaly a ainsi
échangé avec les chefs traditionnels, les élus, les autorités administratives,
les jeunes, les femmes et les organisations communautaires. Son message est
resté sans équivoque : rompre avec les réseaux qui organisent l'exploitation
illégale de l'or et dont les principaux bénéficiaires se trouvent hors de Côte
d'Ivoire. Selon les données présentées par le ministère, plus de 80 % des
revenus générés par l'orpaillage clandestin sont captés par des filières de trafic
basées à l'étranger, tandis que les communautés locales n'en perçoivent
qu'environ 7 %, le restant étant distribué à d’autres relais locaux. Une
répartition qui démontre, selon le ministre, que les populations supportent
l'essentiel des conséquences de cette activité sans en tirer les bénéfices.
Les échanges ont d'ailleurs illustré cette
réalité. « L'or est une bénédiction, mais son exploitation illégale est une
malédiction », a résumé un participant. Un autre a appelé à privilégier « un or
qui construit plutôt qu'un or qui tue ». Dégradation des terres agricoles,
pollution des sols et des cours d'eau par les produits chimiques, insécurité,
prostitution et conflits fonciers figurent parmi les effets les plus
fréquemment dénoncés.
Face à ce constat, le gouvernement promeut
l'orpaillage légal comme une véritable alternative économique. « Organisez-vous
pour exploiter vous-mêmes vos terres. L'État est prêt à vous accompagner, à
faciliter votre intégration dans un cadre formel qui protège vos intérêts, vous
permet de récupérer les revenus qui vous échappent aujourd'hui et donne à
l'État davantage de moyens pour investir dans vos communautés », a exhorté
Mamadou Sangafowa Coulibaly.
Cette politique commence déjà à produire des
résultats. Plus de 800 autorisations d'exploitation artisanale ont été
délivrées au cours des trois dernières années, soit davantage que durant toute
la décennie précédente. L'ambition est désormais d'encourager les exploitants à
se regrouper en coopératives afin de professionnaliser la filière et d'en faire
un véritable levier de développement local.
Le déplacement à Séguéla a également été marqué
par l'annonce de la relance de la filière diamant. Autrefois principal bassin
diamantifère du pays, la région pourrait retrouver une place dans cette
industrie grâce au partenariat en cours de construction avec le Botswana,
premier producteur africain de diamants. Des experts botswanais ont déjà
effectué plusieurs missions d'évaluation sur le terrain afin d'apprécier le
potentiel du gisement.
La mission confiée au corps préfectoral
À l'issue de cette étape, le ministre a confié
au corps préfectoral la mission de poursuivre la sensibilisation dans les
départements, sous-préfectures et villages les plus reculés. L'objectif est
d'ancrer durablement le message afin que la lutte contre l'orpaillage
clandestin repose autant sur la mobilisation des communautés que sur l'action
des services de l'État.
Cette démarche s'inscrit dans une stratégie
plus large de transformation du secteur minier ivoirien. Alors que la
production industrielle d'or poursuit sa montée en puissance avec l'entrée en
exploitation de nouvelles mines et plusieurs projets d'envergure, les autorités
entendent faire de l'exploitation artisanale légale un complément à cette
dynamique, créateur de valeur pour les territoires et plus respectueux des
équilibres environnementaux et sociaux.
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